Partir des parents et des enfants


Fort de son expérience dans le primaire, Cesare Moreno a noté une chose : dans les classes, deux réalités se frôlent sans jamais vraiment se rencontrer, celle de la rue et celle de l’Etat, trop rigide pour ces enfants malmenés par une précarité non seulement économique mais aussi intellectuelle.


Comment faire revenir des élèves dans un système qu’ils ne comprennent pas et qui, pire, les stigmatise?

En inversant les rôles“, répond Cesare Moreno qui préfère partir du terrain plutôt que de l’Institution.


Dans son sillage, il regroupe éducateurs, enseignants aguerris, psychologues mais aussi des parents au fait des codes des quartiers et de leur dynamique invisible. Les parents sont d’ailleurs au coeur de sa réflexion éducative, une situation inédite si l’on en croit une étude sur le décrochage scolaire en Italie publiée en 2019 par le chercheur français, Thierry Berthet.


Ce dernier constatait à propos de l’école italienne : “[Les parents et les élèves] sont pourtant les premiers concernés et ils sont très rarement associés à la production des ressources qui leur sont proposées, ce qui explique sans doute qu’ils renâclent parfois à y recourir.”


En intégrant les parents dans son parcours éducatif, le Napolitain souhaite aussi les aider à mieux comprendre leurs enfants alors que ce sont souvent des parents en grande difficulté économique voire même, pour certains, assignés à domicile ou incarcérés. “L’école italienne doit dénouer des situations conflictuelles à la base. Il y a un écart culturel énorme entre ces enfants et l’institution scolaire.”


Sur les bancs des “Maestri di strada”, la culture trouve un écho dans le quotidien et vice-versa. La Divine Comédie, les grands classiques de la littérature italienne deviennent le support pour parler de Camorra, de la mort qui frappe aux portes sans crier gare, souvent.


Multiplication des baby-gangs, ces groupes d’adolescents affiliés à la Camorra et qui sévissent toujours plus dans Naples, économie parallèle, trafics en tout genre, culture de la violence, difficile pour ces enfants à la dérive d’imaginer parfois tout simplement l’avenir. Privilégier le travail de groupe, la communauté, surtout, pour amorcer les conflits, c’est le credo de Cesare Moreno. “Jamais un élève ne se retrouvera mis à l’écart des autres“, murmure Cesare Moreno.

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