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Le 1er juin 1994, arbitre d’un match cathodique entre Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen, le journaliste Paul Amar avait offert des gants de boxe aux pugilistes. Une façon de protester contre la mise en confrontation stérile des deux bateleurs.

Hier soir, sur BFMTV, les gants sont restés aux vestiaires. Mais les coups n’ont cessé de pleuvoir – parfois nettement en dessous de la ceinture.

À 20 h 51, chacun monte sur le ring avec ses couleurs: cravate sombre pour Éric Zemmour, rouge sang pour Jean-Luc Mélenchon. Sourcils froncés et mâchoires crispées.

Coup de gong à 21 heures. Le leader de La France insoumise cogne fort dès l’entame : « Ne faites pas comme Woody Woodpecker, ne parlez pas en même temps que moi ! Vous êtes un homme dangereux. Vous avez sur les femmes une vision inouïe, archaïque ! »

“Dans votre camp, on guillotine!”

“Vous dites n’importe quoi, soupire Zemmour. Vous me considérez comme un virus qui contamine la démocratie. Ça ne me surprend pas: dans votre camp, depuis deux siècles, on ne débat pas, on guillotine!”

Première question sur l’immigration. Le polémiste s’installe dans son jardin: “Je ne suis pas chrétien, mais je défends la civilisation chrétienne. Nous avons donné aux immigrés le droit de réguler la politique migratoire de la France”.

“Eh oui, ce sont des êtres humains qui ont des familles”, grince le patron de LFI.

Éric Zemmour déroule son argumentaire sur les “400 000 immigrés légaux qui entrent chaque année en France, 2 millions au bout de 5 ans! On nous a menti en nous disant que la France a toujours été un pays d’immigration.”

Jean-Luc Mélenchon s’indigne: “A coup de chiffres, Vous voulez créer une ambiance de cauchemar, mais tout cela est faux. Nous sommes le seul pays où, depuis le début, les cultures arrivent et forment quelque chose de commun. Ce qui a fécondé la France, c’est le pari de l’humain. Vous ne chasserez pas les musulmans, pas plus que l’on n’a demandé aux juifs de choisir entre leur religion et la France.”

“Vous avez un nom français, vous?”

“Vous oubliez que le premier ciment de ces peuples qui ont fait la France est le catholicisme”, assène la star de CNews.

Souvent, Jean-Luc Mélenchon se tait, sourit, se moque en silence ou ironise: “Qu’est-ce que vous êtes agressif!”

En face, le polémiste s’agace, s’embrouille, se raccroche à ses idées directrices: “L’islam est une religion politique par essence, qui concurrence le Code civil. L’islam est aux antipodes de la France.”

Le chef de LFI secoue la tête: “Vous êtes ignorant des réalités qui accompagnent le développement des idées. La créolisation a produit une culture commune. Le plat préféré des Français, c’est le couscous. Les Français mangent plus de pizzas que les Italiens.”

Éric Zemmour se plonge une nouvelle fois dans ses chiffres: “Il y a quatre fois plus de crimes et délits aujourd’hui que dans les années soixante. Vous parlez de l’insécurité comme un fruit de la misère: votre phrase est honteuse pour les pauvres. On sait très bien qui est [derrière les barreaux] et qui n’y est pas. Il n’y a pas un nom français en prison…”

“Qu’est-ce qu’un nom français?, l’interrompt Mélenchon, sourcils relevés. Vous, vous avez un nom français ”

Le polémiste bafouille: “A la base, non…” Mélenchon porte l’estocade: “Alors, si vous êtes en prison, comment vous compte-t-on ? Français ou non ? Vous poussez les gens à la guerre civile.”

“Un pays dans lequel la tête d’un professeur roule dans la rue, c’est un pays en guerre civile, s’égosille Éric Zemmour. Ça commence comme ça, tout doucement. Nous ne l’éviterons que si nous prenons des mesures drastiques.”

“La République, ce n’est pas la police des foulards, grimace Mélenchon. Vous êtes l’Iran à l’envers.”

Références historiques

Les journalistes tentent vaille que vaille de recadrer le débat ; les duettistes n’en font qu’à leur tête. Quand Zemmour place une droite, Mélenchon balance un uppercut du gauche. Si le polémiste monte au front, son contradicteur descend dans l’arène.

Fracture sociale, nucléaire, abstention… Les thèmes filent. Au final ? Des références historiques, des éclats de voix. Et des admonestations plus ou moins vaines, parfois grossières, qui n’auront sans doute pas éclairé les indécis.

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