Il est l’inconnu le plus célèbre du Var. Depuis des années, il placarde sur des panneaux géants 4X3 ses opinions du moment.

Ce qui fait de lui un lanceur d’alerte, pour ceux qui l’aiment… et, pour ceux qui le détestent, un sacré emmerdeur! Michel-Ange Flori s’en moque et pense même aller plus loin.

Michel-Ange Flori est un pur produit de Toulon. Il y a grandi, y a fait ses premières armes et y travaille toujours après moult péripéties. “J’étais au lycée à Bonaparte, mais bon… Les études… Moi, je voulais travailler vite pour gagner un peu d’argent et être autonome. Mais, à 19 ans, je me suis retrouvé sans un sou. Rien! Un jour, j’étais au bar de la Marine qui se trouvait (et se trouve toujours) en face du palais de justice. J’avais un bleu de chine et j’ai demandé à la cantonade si quelqu’un n’avait pas besoin de mains pour bosser. Un gars m’a dit: on cherche un manœuvre au marteau-piqueur pour un chantier à l’Escaillon. C’était le patron. Ni une, ni deux, je suis devenu ouvrier”, raconte-t-il avec force détails.

“Plus tard, je suis passé chauffeur livreur pour les Caves Varoises. Ce nom ne vous dit rien? C’était l’entreprise de Jean-Louis Fargette, ancien boss de Toulon (figure bien connue du milieu varois dans les années 1970-1980). C’est sur l’avenue de la République où je me baladais que cette proposition m’a été faite. J’ai accepté. J’avais 21 ans à peine.”

Michel-Ange en a tiré un enseignement: “Dans la vie, tout est une question de rencontres, bonnes ou mauvaises. Celle-ci était bonne puisqu’avec mes premiers salaires – chauffeur livreur, puis commercial – j’ai pu m’offrir mes premiers costumes. À cette époque, Toulon était une fête. Le monde entier se retrouvait en bord de rade. Ça grouillait de partout. Le quartier Chicago était l’épicentre du monde de la nuit. On s’y amusait et ça participait de la légende de cette ville”.

Mais plus le temps passait, plus “Flori”, comme on l’appelait, se rendait compte que seul le commerce lui plaisait, l’attirait, le tenait.

Vendeur dans l’âme, il cherchait alors une affaire à développer pour devenir son propre patron. Et dans la rue Truguet – toujours à Toulon – il fait la connaissance de l’Affichage toulonnais, qui devint ensuite Avenir, puis passa sous la bannière Decaux.

“Là, on me dit: pars sur le terrain et trouve des emplacements où installer des panneaux d’affichage pour de la publicité. Dès les premiers jours, j’ai déniché 21 emplacements dans le coin. Du jamais vu pour l’époque!”

Michel-Ange est définitivement “piqué” par l’affichage: un job qui réclame un sens aigu du contact, un franc-parler naturel et un talent certain pour convaincre. Il avait tout ça.

“On est libre de s’exprimer librement ou pas?”

Au fil du temps, les affaires marchent si bien qu’il devient chef d’entreprise dans les années quatre-vingt-dix, à la tête de la société Maci.

Seule ombre au tableau (et pas des moindres), en 1999, il est soupçonné d’avoir mis le feu au local d’un concurrent dans les Alpes-Maritimes. Aïe!

“J’ai toujours contesté les faits. Pourtant, poursuivi pour destruction de bien par substance explosive, j’ai été condamné à 7 ans de prison. J’en ai fait 5, sans AUCUN aménagement de peine.”

Aujourd’hui encore, l’événement reste douloureux. “J’avais un sentiment d’injustice terrible. En prison, j’avais les dents qui rayaient le sol de ma cellule tellement je voulais tout arracher à la sortie.”

Avec son épouse Isabelle qui travaille avec lui, Michel-Ange cède alors à des entrepreneurs du Jura sa société Maci (florissante), mais continue de gérer les panneaux toujours “en activité” dans le Var. Seuls deux d’entre eux lui appartiennent en nom propre… et lui permettent de s’exprimer librement.

“Ma dernière affiche en date (1) représente Marine Le Pen en uniforme militaire qui crie: Maréchal, nous voilà:” (en référence à la tribune récente des généraux français).

“Tout ça, c’est de la satire, mais on est libre de s’exprimer librement ou pas?”, lance-t-il, l’œil malicieux de celui qui a fait une bonne blague.

“C’est vrai, j’aime le corrosif, la presse rebelle: celle qui secoue et fait réfléchir. L’affiche, c’est un média à part entière. Une tribune à l’ancienne. Oui, afficher, c’est ma manière à moi de tweeter. Sur tout et sur tout le monde.”

Est-il de droite ou de gauche? “Ni l’un, ni l’autre. J’ai allumé tout le monde, selon l’actualité: Sarkozy, Fillon, Macron, Le Pen, Mitterrand… J’ai d’ailleurs eu droit à des procès en diffamation… C’est le jeu. Je suis un militant de la liberté d’expression. Cela donne un sens à ma vie, ça me permet de me sentir libre et, à en juger par les réactions des gens, je me dis que je n’ai pas forcément tort tout le temps…”

“Pour moi, la famille, c’est le plus important”

Alors, Michel-Ange Flori-Charlie Hebdo, même combat? “Je ne sais pas…”, répond-il en riant. Justement. L’humour tient une place centrale dans sa vie: “Dans les slogans, l’essentiel c’est de mettre les rieurs de son côté. À partir de là, on peut tout dire”.

Installé dans l’immense bureau de sa maison, Michel-Ange est très sollicité: au téléphone pour son travail, et en direct par ses enfants et petits-enfants qui vivent tout près de lui.

“Pour moi, la famille, c’est le plus important. La rendre heureuse. Fière. Le reste ne compte pas. Ni l’argent, ni les grosses voitures, ni le luxe… pffff… Aujourd’hui, par exemple, rien ne vaut le regard de ma petite-fille qui rentre de l’école. D’ailleurs, la voilà.”


1. Depuis cette entrevue, Michel-Ange Flori a de nouveau sévi…

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