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Surnommé “Mouf”, le Franco-Algérien de 41 ans est poursuivi pour une dizaine de go-fast et l’importation depuis le Maroc de centaines de kilos de résine de cannabis en 2011 et 2012.

L’homme est jugé jusqu’à jeudi pour la deuxième fois pour ces faits par le tribunal correctionnel qui l’avait condamné en 2015, en son absence, à 20 ans de prison et un million d’euros d’amende.

Après dix ans de cavale, il avait été interpellé en mars à Dubaï avant d’être transféré et incarcéré en France en mai. Des faits et une incarcération qu’il conteste.

“On entend dans les médias les policiers nous expliquer que c’est le plus trafiquant de tous les temps, ce n’est pas ce qu’il y a dans le dossier”, a déclaré à la presse l’un de ses trois défenseurs, Me Thomas Bidnic.

Ses avocats dénoncent “un véritable scandale” et “une faillite totale” de la justice, “le tribunal veut juger Moufide Bouchibi à marche forcée”, “il est séquestré”, s’indigne Me Bidnic.

Ouvert en matinée, le procès, suspendu huit fois dans la journée, a donné lieu à de vifs échanges entre magistrats et le trio d’avocats.

L’audience a d’abord été suspendue quand le prévenu, chemise blanche ajustée et cheveux ras, a affirmé avoir “mal à la tête depuis quatre jours”, sans avoir pu voir un docteur, et avoir été extrait de sa cellule de Gradignan, “de gré ou de force”. Un examen médical l’a finalement déclaré apte à être jugé.

La maison d’arrêt de Gradignan, où dix cas de Covid-19 ont été décelés ces derniers jours, (7 parmi les détenus, 3 parmi le personnel), a été placée en mode “établissement cluster”, avec activités en veille. Un dépistage massif des 640 détenus puis du personnel devait débuter jeudi. Mais selon des sources pénitentiaires, cela ne devrait pas hypothéquer la poursuite du procès Bouchibi, lequel est détenu en isolement.

En début de soirée mercredi, il n’était à l’audience toujours pas question des ballots de “shit” et des go-fast de grosses cylindrées au coeur de l’affaire.

L’essentiel de la journée a en effet été consacrée à débattre de points de procédure, des passes d’armes entre magistrats et avocats qui ont tourné à la guérilla dans le prétoire.

Les avocats ont d’abord mis en doute l’extraction “de force”, en martelant cette question : le “bordereau” a-t-il été émis par le parquet avant ou après le début de l’audience?

Mais surtout, les avocats dénoncent depuis des mois l’illégalité du transfert vers la France du trafiquant présumé depuis Dubaï, une “extradition déguisée”.

Pour les avocats, qui ont déposé une requête en annulation, Moufide Bouchibi a été transféré en France en “dehors de toute décision d’extradition”, alors qu’une convention liant la France aux Emirats arabes unis l’exigeait.

Visé par un mandat d’arrêt depuis 2012, le franco-algérien a été remis à la France en mai après son arrestation dans cet émirat souvent considéré comme le “nouvel eldorado” des trafiquants.

Dans une vidéo de 2 min publiée sur Twitter, la police de Dubai avait confirmé l’arrestation de celui qu’elle rebaptisait pour l’occasion “le Fantôme”, “le plus célèbre des seigneurs français de la drogue”.

Moufide Bouchibi est entré dans le trafic de stupéfiants à grande échelle en s’associant au début des années 2000 avec un Alsacien, Sophiane Hambli, dit “la Chimère”, lui aussi considéré comme l’un des plus gros trafiquants français.

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