Préservé du confinement en journée – a contrario de son voisin français – Monaco change radicalement de visage la nuit.

Depuis le 1er novembre, 20 heures sonnent l’heure du couvre-feu, lequel n’est levé qu’au petit matin, à 6 heures pétantes.

Dans les artères du pays, orphelines d’une vie noctambule d’ordinaire animée, on ne croise que des pendulaires désertant leur lieu de travail, des résidents promenant leur animal de compagnie ou se rendant au restaurant.

L’un des rares secteurs – avec les salles de spectacle, les cinémas et les casinos – à s’être vus octroyer une dérogation jusqu’à 21 h 30. Alors, forcément, les missions de la section de nuit de la Sûreté publique ont, provisoirement, évolué en ces temps de crise sanitaire.

« On ne constate pas de baisse sur les interventions domestiques mais sur celles liées à l’alcool et aux sorties, oui, confie le lieutenant de police Arnaud G., responsable du dispositif de nuit, ce jeudi-là. L’alcool engendre des accidents de la route, des conduites en état d’ivresse, des vols, des bagarres, des différends de couple sur la voie publique.Tout cela, on ne l’a presque plus. »

“Repartir à zéro”

Cette nuit-là, pas d’appel dans la salle de garde, une pièce exiguë, pour éviter une promiscuité entre les agents et, de fait, un potentiel cluster. Mais chacun des agents déployés sur le terrain, qu’ils soient en patrouille ou postés aux frontières du pays, connaît ses missions.

« On va se concentrer sur les restaurants et le respect du port du masque », poursuit l’officier. Les consignes de la hiérarchie sont claires : sur le terrain, de jour comme de nuit, la prévention prévaut sur la répression. « Les mesures changent au gré de l’évolution de la crise sanitaire.Là, il y a eu de nouvelles mesures, donc on a pris le pas de repartir à zéro, de sensibiliser, ajoute Letizia A., lieutenant de police affectée à la section de proximité et de la sécurisation.

Direction le quai Jean-Charles Rey dans le quartier de Fontvieille.

Ce soir-là, il n’y a pas foule aux tables des restaurants du port. À l’arrivée du véhicule de police, les serveurs jettent un coup d’œil furtif à leur montre. 21 h 10. Ils sont encore dans les clous. Certains clients ont, d’ailleurs, déjà réglé l’addition et plié bagage avec, en mains, la fameuse attestation tamponnée par l’établissement mentionnant leur heure de départ. Un laissez-passer qui leur permet de rentrer avant 22 h à leur domicile.

Sur le pas-de-porte de chaque établissement, Arnaud G. et Miguel M. rappellent aux tenanciers les prescriptions sanitaires en vigueur. Avec pédagogie. « Pas d’ambiance musicale, six convives maximum par table, un espace d’1,5 mètres entre les tables, des services entre 11 h et 15 h et 19 h et 21 h 30 avec réservation obligatoire le soir. Il n’est plus possible de servir le petit-déjeuner », égrène-t-il.

Des mesures pas sans conséquence pour la santé financière des commerces. Mais, pour la plupart, les gérants relativisent. « On a de la chance de pouvoir ouvrir, contrairement à la France. Mais la fréquentation reste aléatoire. On est un peu dans le flou pour la suite, on ne sait pas ce qui va arriver », souffle Giuseppe Ciliberti, directeur de La Salière, faisant écho à certaines craintes quant à un éventuel reconfinement, hypothèse démentie par le gouvernement, à ce stade.

Sur le chemin, un cycliste promenant son chien est rappelé à l’ordre pour non-port du masque.

“Demain, on repassera”

21 h 28. Plus loin, un serveur amène une tournée de limoncello et un dessert à trois clients. Dans deux minutes, le restaurant est censé afficher portes closes. Remontrance des deux policiers. A 21 h 35, les clients ont déserté les lieux. « Je sais que c’est difficile mais il faut mieux s’organiser pour la prochaine fois. Je vous conseille de faire payer un peu plus tôt. Demain, nous repasserons », prévient l’officier. « Je me suis ratée sur l’addition », s’excuse la gérante des lieux. Au talkie-walkie, les autres équipages informent, en temps réel, le statut des établissements. « Darse nord, tout est fermé », entend-on.

Idem au Portier et avenue Princesse-Grace. Rien à signaler. « En informant een sensibilisant, on privilégie l’adhésion à la crainte d’une répression. En comprenant les règles, les personnes les appliquent, rajoute Arnaud G. Toutefois, quand il y a des cas d’abus flagrant, on verbalise.Ce fut le cas quand des personnes ont bravé le confinement en France et se sont retrouvés, à pied, à Monaco sans avoir rien à y faire. »

Après 22 h, postés à l’échangeur de Saint-Roman, les policiers de la Sûreté publique contrôlent les véhicules.Des employés des restaurants rentrant chez eux, un taxi transportant un client pour une dialyse… Tous avaient une bonne raison d’être dans les parages.

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