Une pointe d’accent anglais s’entend au bout du fil. Le ton est calme, les mots choisis avec soin. Difficile, presque, de croire que Gary Hunt est une superstar de sa discipline: le plongeon de haut vol. Un mec qui se jette de 27mètres de haut et atterrit à 85km/h dans l’eau après quelques figures de son choix. Légende vivante des Red Bull Cliff Diving World Series (lire le chiffre), il arrive à Saint-Raphaël avec une idée derrière le ciboulot: “Entendre la Marseillaise pour [sa] première compétition pour la France, en France”. Car le natif de Londres, qui fête ses 37 ans aujourd’hui, a été naturalisé il y a peu. Et l’expérience joue en sa faveur.

Comment avez-vous commencé le plongeon?

J’étais un nageur, je m’entraînais tous les jours avec mes sœurs. À un moment donné, j’ai vu les plongeurs et ça avait l’air beaucoup plus intéressant que ce que je faisais. J’ai pris des leçons et j’ai tout de suite adoré. Petit à petit, je suis monté jusqu’aux 10mètres, dont je suis devenu spécialiste. J’ai participé aux championnats d’Europe.

Pourquoi avoir quitté les piscines pour les falaises?

Je suis tombé sur des vidéos. J’ai trouvé ça fascinant, mais je n’avais aucune idée de comment pratiquer. Et un jour, j’ai reçu un appel pour participer à un spectacle en Italie – j’avais déjà la réputation d’un plongeur qui aimait faire des plongeons un peu fous. C’est la première fois que je montais au-dessus de 10mètres… À partir de là, je suis devenu accro et j’ai pu rejoindre la compétition.

Votre plus beau plongeon?

Il y en a un que je suis le seul à avoir réalisé: un triple (saut périlleux) avant avec quatre vrilles. Je ne l’ai pas toujours réussi. C’est très difficile. Il faut de l’élan pour avoir assez de rotation. Je ne l’ai plus fait depuis deux ans, mais j’ai envie de le retenter.

Le plus beau spot dans le monde?

Je ne peux pas vraiment choisir car je suis allé dans des endroits hors du commun. Peut-être au Mexique, à côté des pyramides mayas, on a l’impression d’être au milieu d’une forêt. Mais à La Rochelle, c’était incroyable de faire ce qu’on aime devant autant de monde (l’épreuve y a fait étape en 2009 et 2015 et s’est déroulée devant plus de 70.000 spectateurs).

Votre pire frayeur?

Une que j’ai eue récemment (fin mai). J’ai sauté des falaises à Saint-Raphaël, où je suis venu tourner une vidéo. Après plusieurs saltos avant, on m’a demandé autre chose. J’ai fait un salto arrière, mais je me suis moins dégagé des rochers et sous l’eau, j’ai touché… Heureusement pas avec beaucoup de force. Mais le fait de toucher l’eau puis tout de suite après de sentir la falaise sur mes pieds… Je n’étais pas vraiment content de moi.

Le plat, ça peut être la honte?

Il n’y a pas de honte parce que ça arrive à tout le monde qui tente un nouveau plongeon. On a tous des histoires de mauvaise réception et de blessures. En fait, la plus grosse peur, c’est de perdre ses repères en l’air: ça peut être très grave car c’est là qu’on risque de faire un plat et de se faire très mal. J’ai déjà fini à l’hôpital.

Qu’est ce qui se passe dans votre tête à 27m de haut? Et une fois en l’air?

C’est très intéressant parce que pendant des années, j’avais beaucoup de doutes. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à des choses négatives, aux risques, au danger… C’était dur de sauter, je pouvais rester longtemps sur la plateforme. Avec l’expérience, j’arrive à gérer ça maintenant. Je pense à ma respiration, à mon plongeon, puis je saute. Dans l’air, ça dure trois secondes, on n’a vraiment pas le temps de penser à quoi que ce soit. Le cerveau doit être libéré pour réagir sur l’instant. Et agir, si on tourne trop ou pas assez vite, par exemple.

Il paraît que vous avez le vertige quand il n’y a pas d’eau en bas…

Avant, je n’avais pas ce problème, mais avec mon métier, j’ai l’habitude de gérer la hauteur avec de l’eau en dessous, je me demande combien de saltos je peux faire. Mais quand je suis sur un balcon, j’ai l’impression que je ne vais pas pouvoir m’empêcher de sauter, et ça me met dans une situation que je n’aime pas du tout.

Votre conseil à un débutant?

Trouver une piscine, un coach et un club de plongeon, et si possible apprendre les figures sur un trampoline dans le jardin. Il ne faut pas aller sur les falaises comme ça! Il faut faire gaffe aux profondeurs, etc. Moi, il m’a fallu quinze ans d’entraînement avant de passer aux falaises.

Combien de fois par mois vous compare-t-on à un fou?

Ça arrive beaucoup (rires), même venant des plongeurs à 3, 5 ou 10m. Pour tous ceux qui regardent, ça paraît inimaginable de pouvoir faire ça. Mais j’ai passé un quart de siècle à minimiser les risques. Je ne suis pas un junkie de l’adrénaline, je le fais parce que je contrôle mon corps. Et au contraire, quand on est devant 70.000 spectateurs, on serait fou de ne pas sauter!

Quel mot vous qualifie le mieux, alors?

J’adore apprendre et avec le plongeon je n’arrête jamais. J’ai l’impression d’être un explorateur en découvrant des lieux incroyables sur cette planète, qui ont été vus de très peu de monde.

Avez-vous un Speedo fétiche, un rituel?

Non (rires)! C’est l’accessoire qui me permet le mieux de m’exprimer… C’est mon uniforme. Je n’aime pas vraiment les rituels parce que je trouve que ça te met dans une prison où tu auras des problèmes si ça ne se passe pas comme attendu. Je préfère les casser pour être le plus libre possible. Après, j’ai une sorte de routine au bord de la plateforme, quand je mets mes pieds en place: je respire une dernière fois en mettant mes bras en haut et je saute. Ça m’aide à moins penser.

Votre rêve de représenter la France aux JO de Paris sur le plongeon à 10m, c’est réaliste?

Selon moi, oui! Selon certains coaches, moins, à cause de mon âge (il aura 40 ans pour Paris 2024). Mais je refais du 10mètres depuis trois ans et j’ai beaucoup progressé. C’est sûr que ça va être très difficile, mais je suis motivé. Je m’entraîne avec l’équipe de France depuis 2014 et ça se passe bien avec les responsables de la Fédération (française de natation). Il n’y a pas beaucoup de plongeurs français à 10mètres (1) donc je n’ai personne à battre, juste le niveau mondial à atteindre. C’est un énorme challenge.

1. Le meilleur tricolore, Benjamin Auffret, vient d’arrêter sa carrière à 26 ans. Un seul est qualifié à Tokyo: Matthieu Rosset.

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