Mis à jour le 11/05/2021 à 10:11

Publié le 11/05/2021 à 10:11

Des Chinois se rendent au travail à l’heure de pointe à Pékin le 11 mai 2021
AFP / GREG BAKER

La croissance de la population ralentit en Chine, l’Inde se rapproche de la première place


De plus en plus de retraités par rapport aux actifs: la population de la Chine a connu ces 10 dernières années sa plus faible croissance depuis des décennies, au point de devoir prochainement se faire rattraper par le voisin indien.

Le pays le plus peuplé du monde comptait officiellement 1,411 milliard d’habitants fin 2020, a annoncé Pékin mardi 11 mai en présentant les résultats de son recensement décennal.

Par rapport au précédent comptage de 2010, la population a augmenté de 5,38% (ou de 0,53% en moyenne par année), selon le Bureau national des statistiques (BNS). Il s’agit de la progression la plus faible depuis les années 1960.

À ce rythme, la Chine pourrait se voir déposséder plus rapidement que prévu de sa première place dans ce domaine par l’Inde, qui devait compter 1,38 milliard d’habitants en 2020, selon les estimations des Nations unies.

La population indienne croît en moyenne de 1% par an, selon un rapport rendu public l’an dernier par New Delhi. Sa démographie est surtout plus jeune que celle de la Chine, avec un potentiel économique qui a de quoi inquiéter son voisin.

Jusqu’à présent, Pékin prévoyait que la courbe de la croissance démographique atteigne un pic en 2027, lorsque l’Inde la devancerait. La population chinoise commencerait alors à décroître pour se retrouver à 1,32 milliard d’habitants en 2050.

Mardi, devant la presse, le porte-parole du BNS, Ning Jizhe, a confirmé que le “pic” approchait mais sans pouvoir fournir de date précise. La population totale devrait rester supérieure à 1,4 milliard “pendant un certain temps”, a-t-il simplement déclaré.

Le Covid pèse sur les naissances

Les raisons de la baisse de la natalité sont multiples: recul du nombre des mariages, hausse du coût des logements et de l’éducation, fertilité plus tardive pour les femmes qui privilégient davantage leur carrière…

L’année dernière, marquée par l’épidémie de Covid, le nombre des naissances est tombé à 12 millions, contre 14,65 millions en 2019. Cette année-là, le taux de natalité (10,48 pour 1.000) était déjà au plus bas depuis la fondation de la Chine communiste en 1949.

L’épidémie “a accru l’incertitude de la vie quotidienne et l’inquiétude face à la naissance d’un enfant à l’hôpital”, a reconnu M. Ning.

La Chine a assoupli en 2016 sa politique de l’enfant unique, autorisant tous les Chinois à avoir un deuxième enfant. Mais sans parvenir à faire repartir la natalité, au point que des voix s’élèvent en faveur d’une suppression de la limite de deux enfants par famille.

Des démographes ont mis le pays en garde contre une évolution à la japonaise ou à la sud-coréenne, avec une baisse de la population et un excès de personnes âgées par rapport aux jeunes et aux actifs.

En mars, le Parlement a voté un projet de relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite au cours des cinq prochaines années, au grand dam d’une bonne partie de l’opinion publique.

Un peu moins de garçons

Des journalistes font la queue pour obtenir une copie du rapport sur le recensement chinois le 11 mai 2021 à Pékin AFP / Noel Celis

Selon les résultats du recensement, ce pays comptait l’an dernier plus de 264 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit quatre fois la population totale de la France.

Cette classe d’âge constitue désormais 18,7% du total, soit une hausse de 5,44 point de pourcentage par rapport à 2010. À l’inverse, la population d’âge actif (15 à 59 ans) ne représente plus que 63,35% du total, en repli de 6,79 points.

“Le vieillissement accru de la population met une pression continue sur l’équilibre démographique à long terme”, reconnaît le BNS.

Autre chiffre porteur de déséquilibres: celui de la population “flottante” des migrants internes. Ces ruraux employés dans les villes sans guère de protection sociale étaient l’an dernier près de 376 millions, en hausse de près de 70% sur 10 ans.

En revanche, le régime semble avoir atténué le déséquilibre entre les sexes, qui découle de la préférence traditionnelle pour les garçons et aboutit parfois à l’élimination des fœtus de sexe féminin.

La Chine compte désormais 111,3 garçons à la naissance pour 100 filles, un ratio en baisse de 6,8 points par rapport à 2010.

Rendus publics avec retard, les résultats du recensement suscitent des doutes chez certains observateurs, comme le démographe Yi Fuxian, de l’Université du Wisconsin à Madison (Etats-Unis).

Selon lui, la population chinoise diminue déjà depuis 2018 et ne dépasserait pas 1,28 milliard d’habitants. Pékin trafiquerait les chiffres afin d’éviter “un tremblement de terre politique” et de ne pas décourager les investisseurs étrangers.

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