Laurenç Revest, professeur de mentonasque dans la circonscription de Menton: “Si on veut qu’une langue continue à être parlée, il faut un fil rouge, former les futurs locuteurs”

En quoi ce vote est-il historique pour la défense des langues régionales?

Sur le plan juridique, il n’y avait rien eu depuis la loi Deixonne en 1951 [relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux, NDLR]. Cela fait des années que l’UNESCO tire la sonnette d’alarme concernant les langues régionales en métropole, et là on va enfin avoir quelque chose au niveau légal. C’est d’autant plus important que le texte a été adopté directement, et contre l’avis du gouvernement. Il faut noter aussi la très forte mobilisation des associations de défense des langues régionales, partout en France, qui ont écrit aux députés et effectué un vrai travail de fond pour sensibiliser à ce sujet.

Certains redoutent que cette loi ne soit que symbolique…

Il faut rester vigilant. Il faut voir les applications concrètes dans chaque établissement afin de proposer l’enseignement des langues régionales à tous les élèves, car c’est encore compliqué. Cela passe aussi par l’amélioration des effectifs et la mise en valeur de la matière. Mais même sur le plan symbolique, le message envoyé est très fort. Toutes les langues

régionales étaient dans une telle mauvaise passe qu’on ne pouvait faire que mieux. Sinon, c’était l’extinction. 

Le département et les communes n’ont-ils pas eux aussi un rôle à jouer? 

Les articles sur la signalétique bilingue et les actes d’état civil abordent cet aspect fondamental. Si à Menton, on se met à voir des traductions en mentonasque sous les noms de rues, sur les bâtiments publics, dans les documents administratifs… Cela aurait une grande utilité! Ça montre que la langue est valorisée, qu’elle accède à une certaine dignité. Une

langue est vivante lorsqu’elle est visuelle, lorsqu’elle sert! Ça aurait aussi un effet vertueux pour l’enseignement, pour intéresser les élèves…

Pour l’enseignement, qu’est-ce que cette loi change concrètement?

Un professeur souhaitant enseigner l’occitan fera face à beaucoup moins de blocages qu’avant. D’une part, les cours pourront se dérouler à des horaires normaux, et non plus

seulement entre 12h et 14h ou le mercredi après-midi, ce qui n’incite pas les élèves à s’inscrire. D’autre part, l’immersif est très bénéfique pour acquérir la langue. Si c’est trop

sporadique, les élèves n’imprègnent pas. L’avenir du français, qui inquiète certains, n’est pas en danger. Celui des langues régionales, oui! Si on veut qu’une langue continue à

être parlée, il faut un fil rouge. Il faut former les futurs locuteurs.

Actuellement, on en est où dans l’instruction du mentonasque?

Je suis le seul professeur du bassin mentonnais, et j’enseigne dans 4 établissements du second degré: Vento, AndréMaurois, Pierre-et-Marie-Curie, et Rabelais, à L’Escarène. Mes élèves viennent de tous les horizons. Certains ne viennent pas de la région mais sont curieux, d’autres ont de la famille qui parle régulièrement en mentonasque. Cette année, j’ai surtout constaté une chute importante au lycée, où je suis passé de 17 élèves en Terminale avant la réforme du bac à 10 élèves, tous niveaux confondus. C’est dû à la baisse du coefficient accordé à la matière…

Quels arguments donneriez-vous à un élève pour qu’il s’inscrive à votre cours?

Je dirais que l’occitan est cool [rires], que c’est ce qu’on porte en nous, parfois même sans le savoir, avec l’accent! Cette langue est bien vivante, et elle a toute sa place, elle a le droit d’exister.

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