Hélas les prévisions météo ne sont pas folichonnes. Mais l’on espère compter sur l’esprit d’Amélie Poulain pour qu’un bel arc-en-ciel ne gâche pas son vingtième anniversaire au Festival de Cannes, avec une projection en plein air ce soir à 21h30 sur la plage Macé.

Quel fabuleux destin, décidément, pour ce film, qui n’avait pas été sélectionné sur la Croisette à sa sortie, avant de connaître le succès que l’on sait.

Son réalisateur Jean-Pierre Jeunet, présent à la séance, n’en prend pas ombrage: “Je n’ai pas de regrets parce qu’à l’époque, il y avait eu une telle controverse autour de cette non-sélection, que ça avait fait une belle pub pour le film. Le pauvre Gilles Jacob avait été obligé ensuite de se justifier partout, mais si Amélie avait été à Cannes, on ne sait pas quel aurait été son accueil”.

Sans strass ni paillettes, le film aura franchi les 8 millions d’entrées en France (35 dans le monde), le plus gros succès national jusqu’à Intouchables. Pour ce qui ne devait être, dans l’esprit de Jeunet, qu’un “petit film”!

“Il était tellement personnel que j’aurais signé des deux mains pour ces chiffres-là, se réjouit-il encore. L’histoire d’Amélie, ce sont vingtcinq ans de notes et d’anecdotes accumulés, car j’ai une très bonne mémoire ludique même si je ne retiens pas les dates. La difficulté, c’était de choisir le sujet principal: quelqu’un de perdu, qui va consacrer sa vie aux autres.”

“Amélie Poulain, c’est moi!”

Cette fois, l’héroïne fantasque d’un Paris Montmartre fantasmé est invitée dans les formes. Et cette projection balnéaire, pieds dans le sable et tête dans les étoiles, se marie plutôt bien avec son univers.

“C’est vrai, il y a un côté Jacques Tati avec Les vacances de Monsieur Hulot, se réjouit J-P. Jeunet. L’écran va soudain s’envoler, les gens vont s’y accrocher avec un chapelet de chaises longues en direction du ciel”.

Ça y est, voilà l’auteur-conteur à nouveau lancé. On lui parle d’Amélie et sa propre boîte à souvenirs, ou à bonbons, s’ouvre aussitôt.

La meilleure madeleine d’Amélie? “Oh, il y en a tellement. Comme dit Hazanavicius pour The Artist, on a l’impression que certains films traversent la ville tous feux au vert. Ce fut le cas avec Amélie, jusqu’à la cérémonie des Oscars où Harvey Weinstein a malheureusement été boycotté. Dommage, la statuette, qui nous était promise, aurait fait bel effet sur mon bureau.”

Qu’importe. Le fabuleux destin, c’est aussi celui d’Audrey Tautou, alors que le rôle avait été confié à Emily Watson, puis pressenti pour Vanessa Paradis.

“Emily a laissé tomber pour raison personnelle quelques semaines avant le tournage. Vanessa Paradis, c’était une idée, mais elle avait un disque à enregistrer, précise Jean-Pierre. J’ai alors vu la bouille d’Audrey sur l’affiche de Venus Beauté Institut, une petite tête d’elfe qui correspondait bien. Lors du casting, au bout de dix minutes à peine, je lui ai dit, tout ému: “Mais tu viens de quelle planète, toi?””

Voilà pour le visage. Pour ce qui est des usages et manies d’Amélie, notamment casser la croûte d’une crème brûlée avec le dos de la cuillère, il faut encore s’en référer… à Jean-Pierre! “Eh oui, j’ai toutes ses manies, Amélie Poulain, c’est moi!

Une bienfaitrice de l’humanité, comme échappée d’un conte de fées, “mais chaque être humain a aussi un petit côté Amélie, on le voit lors de catastrophes. Ce qui n’empêche pas l’homme d’être également la pire espèce de la planète!”

Pas le cas dans le Paris d’Amélie, que Jeunet avait reconstitué, “celui d’avant la maire Anne Hidalgo, le Paris qui n’était pas encore saccagé par des pistes cyclables et de faux travaux”, peste Jeunet.

Ce vendredi soir, c’est bien à Cannes, sur la Croisette, qu’Amélie revit.

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