Une question se pose: que transporte cette tartane? On a beau scruter la toile, on n’a pas la réponse!

Imaginons-la chargée de poissons. Le marin que l’on voit, sur l’un des deux radeaux à droite, vient prendre sa cargaison. Il ira ensuite la vendre à la halle aux poissons au bas du cours Lafayette, dans ce joyeux tumulte des marchés de Provence qui n’a guère dû changer depuis des siècles. Telle est la vie du port de Toulon…

Les autres bateaux sur la droite sont des vapeurs dont les cheminées exhalent une fumée légère. Ils traverseront simplement la rade ou s’élanceront vers des destinations lointaines.

Quelque chose d’impressionniste

En tout cas, ce que le peintre Nardi n’a pas vu, dans le port de Toulon – ou qu’il volontairement occulté – ce sont les bateaux de guerre. Or Toulon, à la fin du XIXe siècle, était plus que jamais un port militaire. Où sont les croiseurs et les cuirassés? Nardi les a ignorés.

Il nous a toutefois montré, dans le fond, l’arsenal avec sa tour de l’horloge dressée au-dessus des toits, phare temporel pour les ouvriers du port. Les maisons à droite n’existent plus aujourd’hui. Elles ont été bombardées lors de la Seconde Guerre mondiale. Dans le fond se déploie la masse à la fois imposante et discrète du Faron.

François Nardi est un peintre né à Nice en 1861 et mort à Toulon en 1936. Arrivé dans cette ville où ses parents s’étaient installés quand il avait 9 ans, il alla ensuite étudier à Paris à l’Académie Jullian, berceau des peintres impressionnistes.

Même si ce tableau a été peint vers la fin du XIXe, il reste dans sa facture quelque chose d’impressionniste. Dans le traitement de l’eau notamment.

“La manière dont Nardi a utilisé de larges touches, a mélangé les couleurs, a représenté les reflets dans l’eau et traité les ombres colorées, rappelle l’impressionnisme”, commente Brigitte Gaillard, conservatrice en chef des Musées de Toulon.

Il y a dans ce tableau une sorte d’instantanéité qui ressemble à l’art photographique. Cet art était à ses débuts à la fin du XIXe. On voit cela dans le grain de la voile, prête à se gonfler de vent, ou dans le luisant de la coque. Mais si la précision de l’image est proche de la photo, il y a une magie de la peinture qui n’appartient qu’à l’artiste.

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