Bénédicte Régimont, Directrice de l’agence d’architecture d’intérieur Félicie Le Dragon, décrypte le rôle et l’impact que pourraient avoir les NFT sur le luxe. Une exclusivité du Club des Chroniqueurs.

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©Bénédicte Régimont

L’art numérique.

Les quoi ? Les NFT… non fongible tokens. Vous savez, les trucs de geeks qui surfent entre cryptos et blockchains. Si vous êtes encore perdus, rassurez-vous, c’est le cas de 99% de la population.

Dans le cas où votre enfant vous demande naïvement ce qu’est un NFT, expliquez-lui simplement que c’est une signature numérique d’un objet virtuel, garantissant son authenticité. Parlez-lui du gif “Nyan Cat” – le petit chat et son arc-en-ciel – qui a été vendu aux enchères pour l’équivalent de 500 000 dollars, soit un peu plus de 400 000 euros. Un gif, un demi-million ? Sérieusement ?


Oui, si l’on considère que l’art numérique est notre art contemporain. Les œuvres numériques originales, un tweet, une page web ou un clip, peuvent être vendues aux enchères.

Mais que viennent faire les NFT dans le luxe et les objets d’exception ?

À l’heure où il faut un expert pour différencier une authentique Rolex d’une copie quasi parfaite, où l’industrie de la contrefaçon progresse d’année en année, les NFT offrent une garantie qui n’a plus rien de virtuel : la traçabilité.

Aujourd’hui, l’UEIPO évalue la contrefaçon en Europe à près de 28,4 milliards d’euros, soit 9,4% du volume des ventes de vêtements et d’accessoires. De plus, 37% des acheteurs de contrefaçon pensent acheter un produit de luxe.

Les NFT offriraient alors un historique détaillé de toutes les transactions. De la conception, à la vente et la revente, y compris sur le marché de la seconde-main, en pleine expansion sur le luxe. Le tout numérisé, sécurisé et avec une promesse infalsifiable inhérente au fonctionnement des blockchains. Nous pouvons extrapoler plus loin encore et imaginer que, demain, chaque maison de luxe aura sa propre blockchain retraçant l’historique de ses plus belles pièces. Et aussi sa propre cryptomonnaie. Chaque produit aurait non seulement une vie réelle mais aussi virtuelle, sujette à spéculation. À l’image des sac Kelly ou Birkin, devenus des valeurs d’investissement aussi sûres que l’or.

Le prix de l’innovation.

Les montres Hublot possèdent déjà une garantie digitale. Le dispositif s’apparente à une reconnaissance « faciale » de la montre, fondée sur l’unicité de ses matériaux. Le trublion de l’horlogerie de luxe : Jacob Arabo, Fondateur de Jacob & Co, et son fils Benjamin, PDG de la marque, ont su saisir la portée et l’enjeu des NFT. Leur modèle SF24 Tourbillon s’est vendu aux enchères sur la plateforme ArtGrails. La mise à prix de 5000 dollars a atteint les 100 000, à régler en Ethereum – une cryptomonnaie aussi connue que le Bitcoin. Breitling s’intéresse au sujet et, demain, il est à penser que ce phénomène deviendra un nouveau standard pour les maisons de luxe.

Le seul revers de la médaille est que si tous les objets d’exception ont une traçabilité infinie dans le temps, nous n’aurons plus de belles histoires, comme cet œuf Fabergé acheté au poids de l’or dans une brocante et qui s’est revendu plusieurs millions… Quoi qu’il en soit, le luxe érigé au rang de l’art éthéré, sera toujours capable de nous transporter dans d’autres expériences tout aussi virtuelles que sont encore les NFT. Un champ des possibles aussi excitant que vertigineux.

Crédits visuels : ©Jacob & Co

Journal du luxe

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