Des brûlures à la miction, une envie fréquente d’uriner, voire une impériosité: toutes les femmes connaissent les symptômes de l’infection urinaire, une pathologie si courante qu’elles ont parfois l’impression qu’elles sauront la soigner toute seule, sans passer par la case médecin. Grave erreur: les instances sanitaires ont constaté, depuis de nombreuses années, un réel mésusage des antibiotiques et des analyses d’urines, des recours trop fréquents à l’automédication mais aussi aux prescriptions sans examens.

Une action de sensibilisation baptisée CBU Resist’ a donc été lancée en 2019 dans la région Paca. Elle est destinée à améliorer la prise en charge de l’infection urinaire chez les femmes de 20 à 70 ans et à lutter contre l’antibiorésistance des patientes.

Sensibiliser patientes et soignants

“L’objectif est de sensibiliser aussi bien les professionnels de santé que les patientes sur l’utilisation raisonnée des antibiotiques dans le traitement de l’infection urinaire pour éviter des antibiorésistances aux effets catastrophiques. Il devient urgent de changer les mauvaises habitudes et d’améliorer la prise en charge de cette pathologie”, alerte le Dr Michel Garnier.

Médecin élu à l’Union régionale des professions de santé – médecins libéraux (URPS-ML) de la région Paca –, il pilote ce projet de santé publique en collaboration avec les autres URPS concernées (sages femmes, biologistes, infirmiers et, pharmaciens) et avec le soutien de l’ARS Paca et du CPIAS (Centre d’appui et de prévention des infections associés aux soins).

“La patiente va parfois prendre un antibiotique ou un médicament parce que ses symptômes lui font penser à une infection urinaire, alors qu’elle n’a qu’une irritation vulvaire qui s’améliore tout simplement en buvant beaucoup d’eau et en optant pour des sous-vêtements en coton, cite le Dr Garnier. Les symptômes peuvent aussi évoquer une vaginite ou simplement venir du fait que la personne ne boit pas assez d’eau!”

La campagne de sensibilisation passe ainsi par une animation et des affiches pointant les mauvaises habitudes et invitant les patientes à consulter en cas de symptômes évocateurs.

Un antibiogramme restreint

L’action CBU Resist’ vise aussi les professionnels, avec des informations et des formations sur les bonnes pratiques à adopter, et des recommandations pour les prescripteurs comme pour les préleveurs.

“On essaie, avec les différentes URPS, de mettre en place un process qui remette tout le monde dans les bons usages”, résume le Dr Garnier. C’est ainsi que les biologistes se sont engagés à ne fournir qu’un antibiogramme restreint aux cinq antibiotiques de référence, permettant d’optimiser la prise en charge médicale. Les pharmaciens sont aussi invités à jouer le jeu en refusant toute délivrance d’antibiotiques sans ordonnance et en réorientant leurs patientes vers leur médecin. La campagne, lancée en 2019, a connu une pause en 2020 compte tenu de la pandémie.

Elle repart, aujourd’hui, de plus belle, sur la base de premiers résultats encourageants. “Durant cinq ans, en partenariat avec la CPAM, nous allons vérifier le nombre d’analyses d’urines prescrites chaque année et le nombre d’antibiothérapies associées, explique le Dr Garnier. Dès la première année de CBU Resist’, nous avons déjà noté une baisse du nombre de ces analyses et surtout une réduction des prescriptions inadaptées d’antibiotiques, comme les fluoroquinolones, encore trop souvent prescrits alors qu’utilisés trop souvent, ils ont des effets secondaires délétères comme des ruptures tendineuses ou des tendinopathies.” C’est un bon début, mais il y a fort à faire: en matière d’infections urinaires, la région Paca est en tête des régions les plus consommatrices d’antibiotiques.

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