Pourquoi changer? En quoi modifier nos manières d’agir et de penser peut-être bénéfique? Pour s’adapter. Si la réponse est évidente, le changement en lui-même ne l’est pas.

Le psychiatre niçois Jérôme Palazzolo a évoqué l’approche cognitivo-comportementale lors de la Semaine du cerveau (organisée notamment par le CNRS, le CHU de Nice et l’Université Côte d’Azur), qui s’est déroulée en ligne, pandémie oblige. D’ailleurs la crise sanitaire actuelle a permis au spécialiste de livrer une foule d’exemples lors de sa démonstration.

D’abord, il convient de s’attacher à examiner ce que sont les schémas cognitifs; ce sont eux qu’il faut ou pas modifier. C’est relativement simple: il s’agit des ensembles de savoirs acquis sur le monde qui sont stockés dans la mémoire à long terme. “Ils fonctionnent automatiquement, permettent de réguler nos comportements et de préserver le système nerveux central. Par exemple, le matin lorsque vous prenez la voiture pour aller au bureau, vous n’avez pas besoin de réfléchir à la route à prendre; comme si vous étiez sur pilotage automatique, explique le spécialiste. Les schémas cognitifs permettent le filtrage et la sélection des données nouvelles.Cela va permettre en somme de gérer l’action”.

Pour reprendre l’exemple du trajet: si au lieu de vous rendre au travail vous partez en vacances alors là, vous allez devoir réfléchir à votre itinéraire, le préparer, etc. Il n’y aura rien d’automatique.

Fonctionnement inconscient basé sur les habitudes

Il y a donc dans tout cela une idée de fonctionnement inconscient basé sur les habitudes. Or l’environnement évolue, il peut alors arriver que nos pensées ou actions ne soient plus adaptées à la situation.

Pourtant nous avons du mal à les modifier: c’est la résistance au changement. Elle s’exprime de différentes manières: “on peut avoir des interprétations inadaptées (concernant soi-même, l’environnement ou le futur)”, résume le Pr Palazzolo.

En quelque sorte, on va chercher à se donner raison. Sauf que nos réactions seront inadaptées. Pourquoi? “Parce que les troubles émotionnels et les schémas cognitifs dysfonctionnels sont maintenus à cause d’erreurs de jugement et d’appréciation, ce qu’on appelle les distorsions cognitives. Mais qu’on se rassure, nous avons tous des distorsions cognitives, c’est tout à fait normal. Parmi elles, on retrouve l’inférence arbitraire c’est-à-dire le fait de tirer des conclusions sans preuves («il ne m’a pas parlé parce que je suis de mauvaise compagnie”), l’abstraction sélective (sortir un événement du contexte: un joueur de tennis gagne son match mais ne se réjouit pas parce qu’il ne pense qu’aux fautes qu’il a commises), la surgénéralisation (“ma fille a eu 2/20 en maths, elle va rater sa vie…”), la personnalisation (“… et c’est de ma faute, je suis un mauvais parent”), la maximalisation et minimalisation des erreurs (“j’ai fait une erreur, on va me trouver incompétent” ou “il a dit que mon travail était bon mais c’était juste pour être gentil”), et enfin le raisonnement dichotomique (“je n’ai pas été embauché parce que je ne vaux rien”).»

Quatre modèles de changement

L’objectif est donc de modifier ces schémas par des méthodes cognitives, comportementales et/ou émotionnelles.

Bonne nouvelle: rien n’est inéluctable, on peut toujours changer.

On identifie 4 modèles principaux de changement. Le premier est basé sur l’autorité ou “style direction coercition”: c’est le modèle technocratique qui s‘appuie sur un fonctionnement vertical et descendant (“Désormais portez un masque et restez confinés!”).

Le deuxième est basé sur l’intervention ou “style innovant”: “une équipe prend en charge le développement du projet de changement et élabore une démarche qu’elle fait appliquer”, résume le Pr Palazzolo.

Le troisième est basé sur l’information et la communication: “le projet de changement est conçu et finalisé par les dirigeants mais il est présenté et expliqué aux individus pour les faire adhérer (Exemple: «si vous ne respectez pas les mesures barrières, vous risquez d’attraper la Covid, alors que les hôpitaux sont déjà saturés”).»

Enfin, dernière méthode, basée sur la participation: “les agents de base sont partie prenantes à l’élaboration du projet de changement”.

“Ce qui est important, c’est de repérer la résistance au changement. Elle peut s’exprimer de différentes manières: la passivité, l’attentisme ou carrément l’opposition”, indique le psychiatre. On imagine tout à fait ce que cela peut donner (je porte un masque mais sous le menton, je n’en porte pas du tout). Pour conclure, on se rend bien compte qu’il est souvent difficile de changer nos schémas cognitifs. On aime le confort de ce que l’on connaît, des situations familières. Toutefois, l’on finit par s’adapter car l’adaptation, c’est la base de la survie.

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