Guigonis appelle immédiatement le commissaire Sansot et le chef de la Sûreté qui arrivent avec le substitut du procureur, le juge d’instruction et le docteur Peaudeleu, médecin légiste.

Et, c’est sans doute dans les romans policiers Un homme dans la nuit et Un cœur cambriolé de son voisin, que la veuve Portois a puisé ce qu’elle va raconter avec force détails.

“À 7 h 20, on a frappé à la porte de ma chambre, toujours fermée à clé. Mon petit chien n’ayant pas aboyé, j’ai cru que c’était Marie et j’ai ouvert sans méfiance.”

 Et, sans hésitation: “C’était un homme de taille moyenne d’environ trente-cinq ans, avec un fort accent italien, peu soigné, coiffé d’une casquette grise et le bas du visage caché par un mouchoir noué dans le cou. Une telle mémoire visuelle chez une femme de quatre-vingts-quatre ans impressionne ses interlocuteurs.” 

Et de continuer: “Il m’a poussée et fait perdre l’équilibre en me menaçant d’un revolver et d’une grosse hache en criant : ‘‘Où est l’argent? Ou je te tue!’’ Je lui ai répondu que s’il me tuait, il ne trouverait jamais ce qu’il était venu chercher. Et qu’il pouvait bien retourner toute la maison, il n’y avait pas d’argent.”

Le courage de la vieille dame force respect et admiration. Elle continue en affirmant que l’homme lui a tiré les cheveux, l’a frappée avec son revolver et poussée violemment dans le fauteuil.

“Puis, il s’est mis à fracturer tous les meubles avec hache (…). Puis ne trouvant qu’une petite montre en argent, un étui à cigarettes et un collier de fausses perles, il a redoublé de fureur. Il m’a brutalisée et m’a hurlé: ‘‘Donne-moi tes clefs’’ (…). Je lui ai fait croire que les clefs étaient cachées en bas, dans la cuisine afin qu’il me laisse seule pour téléphoner à la police…”

L’auditoire retient son souffle, attendant la suite. Elle boit quelques gorgées et livre l’épilogue. “Mon stratagème n’ayant pas marché, il m’a traînée à la cuisine. Je lui ai alors dit que Marie devait les avoir gardées. Il m’a alors rétorqué : ‘‘T’occupes pas d’elle, elle a eu son compte!’’ À cet instant, je n’imaginais pas ce qu’il avait fait à ma chère Marie. Comme il me menaçait à nouveau, je lui ai tendu mon sac à main qui contenait 350 francs, lui assurant que c’était là toute ma fortune. Il m’a dit qu’il reviendrait ce soir pour me régler mon compte si je ne lui donnais pas une forte somme. Puis, il s’est enfui. Voilà, toute l’affaire, messieurs. Mes tourments n’ont duré que vingt minutes jusqu’à l’arrivée de M. Guigonis. Ah, ma pauvre Marie! Elle a payé de sa vie son courage à me défendre”, ajoute-t-elle, s’essuyant les yeux.

Magistrats et policiers félicitent la vieille dame pour son sang-froid. Ils tentent alors de reconstituer le terrible sort qui fut réservé à cette vigoureuse femme de soixante ans a dû tenter de se défendre et, fut tuée avec une binette. À la morgue de Caucade, il est aussi trouvé des éclats de bois dans les blessures du corps mutilé.

Affaire truffée d’invraisemblances

L’enquête commence. Malgré de minutieuses recherches, ni la hache ni d’autres indices ne sont retrouvés, ce qui pousse les inspecteurs Helly et Scarella à réfléchir aux circonstances du crime. Après relecture des premières constatations et du témoignage de la veuve, ils trouvent que cette affaire est truffée d’invraisemblances. La bonne n’a pas appelé, le chien n’a pas aboyé et le perroquet n’a pas crié…

Ils pensent aussi qu’il est difficile de mettre un tel bazar en si peu de temps, d’autant plus que les meubles ne sont pas détériorés, simplement retournés. De plus, qui serait assez stupide pour laisser tableaux, argenterie, bijoux pour ne se contenter que de 350 francs et quelques bricoles?

Et, avec sa canne, la veuve n’aurait pas pu faire un aller et retour entre le premier et la cuisine en quelques minutes. Les voilà déterminés à relever les incohérences lorsque l’inspecteur Douniaux revient avec d’autres révélations.

“Il y avait de graves différents entre les deux femmes. Chantage et insultes étaient leur quotidien.”

Les trois enquêteurs décident donc de faire procéder à une perquisition. Le lendemain, 13 décembre 1927, six agents partent à la recherche d’indices pour confondre la douairière qui, malgré une surveillance policière, a disparu.

Et, au fond d’une armoire de la chambre de la maîtresse, ils retrouvent une chemise de nuit maculée de sang, portant les traces d’un lavage récent. Cet indice accablant mène à l’arrestation de la veuve Portois, retrouvée chez des amis. Face aux magistrats, Alphonsine ne cesse de répondre: “Je ne sais pas”, “J’ai oublé” ou bien “C’est le bandit masqué qui a tué Marie.” Il faudra pour les inspecteurs, patience et persévérance pour qu’elle se décide enfin à avouer

“Oui, c’est moi qui l’ai tuée ! Je vais tout vous raconter.”

Et, après son récit, elle signe ses aveux. Encadrée par deux agents, Alphonsine Portois est alors conduite aux Nouvelles-Prisons.

Épilogue dans la vraie vie

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