En juillet 2019, Juliette Angeletti fondait sa marque de maroquinerie de luxe, Phi 1.618. Son concept basé sur le nombre d’or lui vaut d’être distribuée à l’international. La créatrice nous raconte l’histoire et l’ADN de sa marque.

Journal du Luxe : Quelle est votre histoire ?

Juliette Angeletti : Tout mon parcours a amené à la création de Phi 1.618. Après des études de droit international, j’ai travaillé dans les médias, notamment pour le groupe Prisma Media. Je m’occupais de la régie presse, de la publicité ou encore de la communication des marques. Par la suite, j’ai été amenée à créer une cellule « Recherche et Développement » dont l’objectif était d’analyser ce qui se faisait à l’international aussi bien du côté des nouveautés éditoriales que du marketing en passant par la technologie. Notre équipe dégageait les grandes tendances mondiales tout en réfléchissant à la possibilité de les matérialiser en France. Grâce à cette observation, j’ai pu créer deux médias digitaux, Infonity et Polemik.

Phi 1.618
©Phi 1.618

En parallèle de toutes ces années de création intellectuelle, j’ai toujours conservé, dans ma vie personnelle, une activité manuelle comme le dessin, l’encre, la broderie japonaise et le cuir. Une fois mon CAP Maroquinerie et Sellerie en poche, j’ai commencé à créer mes premières pièces, dont la ceinture qui se noue à l’image de la lettre Phi minuscule grecque. Mon nom de marque était tout trouvé. Au début, je faisais tout sur-mesure et moi-même. Ce modèle économique n’était pas viable et il me semblait que faire travailler des artisans d’art était plus vertueux.

Journal du Luxe : Votre concept se base sur le nombre Phi : pourquoi ce choix ? Comment, concrètement, respectez-vous la perfection de ce chiffre dans vos créations ? 

Juliette Angeletti : Plus de 60.000 marques sont déposées chaque année, réussir à s’imposer sur le marché est une tâche difficile. Mon passé en marketing m’a permis de faire beaucoup de recherches et je sais à quel point il est important d’avoir un ADN fort et différenciant. Le nombre d’or, que l’on note par la lettre grecque Phi (φ), me parle beaucoup car il est présent à grande échelle dans la nature, tel que dans les coquillages, les plantes et même l’ADN. Ce nombre est universel et existe depuis des millénaires. Le traduire dans mes créations leur donne un univers à part entière et permet surtout à la marque de ne pas s’inscrire comme un phénomène de mode.

Phi 1.618  maroquinerie
©Phi 1.618

C’est une source d’inspiration quasi-infinie. Par exemple, le sac Philae s’inspire de la forme du nautile, dont la coquille s’enroule 1,618 fois plus à chaque tour. Bien sûr, mon travail de créatrice est aussi de rendre ces proportions pratiques et fonctionnelles, mais il est certain que son esthétique est parlante car l’œil humain est habitué à voir ce type de forme.

Journal du Luxe : Vous inscrivez l’écologie comme une part forte de votre ADN de marque. Quels sont vos engagements ?

Juliette Angeletti : Les valeurs environnementales de Phi 1.618, chères à mes yeux, m’ont amené à réfléchir sur la meilleure manière de produire des sacs de maroquinerie de luxe. Ainsi, je récupère les surplus de stock des plus grandes maisons françaises, dont je ne peux dévoiler le nom. Ce schéma d’économie circulaire permet d’éviter la surproduction de tannage de cuir et encourage la récupération de matière inutilisée. Je ne peux cependant pas acheter cent peaux d’une même couleur, parfois, je n’ai que quelques peaux semblables : je considère cela comme un avantage car je ne crée que des séries très limitées, conférant à mes clientes l’assurance d’avoir une pièce presque unique.

Je suis aussi très attachée à la fabrication française. Je ne souhaite pas que mes produits aient fait deux fois le tour du monde avant d’arriver dans les mains de mes clientes. Tout est fabriqué en France, à Paris et en Touraine, et le cuir que j’achète est lui aussi tanné dans le pays. L’important pour moi est de perpétuer un savoir-faire unique et reconnu mondialement tout en faisant attention à la planète.

Journal du Luxe : Qui est la femme Phi 1.618 ? 

Juliette Angeletti : La femme Phi 1.618 connaît la mode et ses codes tout en étant capable de s’en affranchir. Elle va avoir un trench Burberry mais ne va pas mettre la ceinture qui va avec car elle souhaite exprimer sa personnalité. Je pense que rechercher la différence est presque devenu statutaire.

Phi maroquinerie
©Phi 1.618

Je m’adresse aussi à une femme plutôt cultivée. Environ 30 à 50% de mes clientes connaissent le nombre d’or, car elles sont sensibles aux domaines où ce chiffre est très présent, comme l’architecture ou l’art. Un exemple récurrent est « L’homme de Vitruve » de Léonard de Vinci et ses proportions parfaites. Ces femmes comprennent la marque et son concept, au-delà du produit. Pour finir, je dirais que la femme Phi est une voyageuse, ouverte d’esprit et de culture. Elle sait identifier le savoir-faire et la qualité de mes créations.

Journal du Luxe : Vous possédez un site depuis le début de votre marque, en juillet 2019. Qu’en est-il des boutiques physiques ?

Juliette Angeletti : Environ une fois par mois, j’intègre des concept stores ou des boutiques éphémères à Paris. Cela me permet de rencontrer mes clientes et de répondre au maximum à leurs attentes et besoins. Phi 1.618 est aussi présent dans quelques points de vente en France mais aussi à l’international. Ce qui est intéressant, c’est que chaque pays à ses spécificités de consommation. Au Japon, la clientèle comprend très bien ma marque car son ADN se rapproche de leur culture, notamment par rapport au Feng Shui et aux designs épurés. Je suis aussi implantée en Chine, en Italie et aux États-Unis, où la french touch est très appréciée.

Journal du Luxe : Comment envisagez-vous le futur de la marque ?

Juliette Angeletti : Ma marque a un an et demi, il est nécessaire qu’elle acquière de la notoriété. D’ici trois à cinq ans, je souhaite prouver que l’on peut être une griffe de maroquinerie de luxe éco-responsable. Il est important pour moi de rester différente dans la fabrication et d’apporter cet ancrage environnemental fort. Une de mes valeurs de marque est aussi la considération pour l’humain. En passant par des outils de communication, comme la vidéo, je voudrais mettre en avant le travail des artisans d’art et montrer à mes clientes tout l’amour qui est mis dans chaque création. Mon site et mes réseaux sociaux seront aussi amenés à évoluer afin de traduire digitalement les messages que je peux faire passer en physique lorsque je rencontre ma clientèle.

Crédits visuels : ©Phi 1.618

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