Près d’un tiers de la population française accuse un surpoids plus ou moins important et 15 % une obésité sévère. Une surcharge pondérale aux conséquences parfois dramatiques, comme la crise sanitaire que nous traversons en apporte une ultime preuve. Les personnes présentant une surcharge pondérale figurent parmi les principales victimes des formes graves de la Covid-19. Nombreuses parmi elles n’ont qu’un désir: être délestées de ses kilos qui abîment leur silhouette, tout en les exposant à de nombreuses complications: digestives, métaboliques, cardiovasculaires, rhumatologiques…

Traditionnellement, deux solutions leur sont proposées: un traitement médical nutritionnel et diététique avec régime adapté. Mais il se révèle malheureusement souvent inopérant. Ou, plus radicale–et très efficace –, la chirurgie bariatrique. L’opération la plus fréquente étant alors la gastrectomie (sleeve) qui consiste à retirer les deux tiers de l’estomac, afin que celui-ci forme un tube. Mais cette chirurgie, irréversible, ne peut être indiquée que pour des cas très sévères, sur des critères précis et suite à une décision collégiale entre experts de plusieurs disciplines.

Parmi les critères les plus stricts, un IMC(indice de masse corporel) supérieur à 40 ou supérieur à 35 s’il est associé à des comorbidités comme un diabète. L’IMC se calcule simplement en divisant le poids (en kg) par le carré de la taille (m). Un IMC normal se situe entre 18,5 et 25. Par exemple, si vous mesurez 1,65 m et que vous pesez 78 kg, votre IMC sera: 78 ÷ (1.65 x 1.65) = 28.7. Vous êtes en surpoids

“on retarde la vidange de l’estomac”

Mais quid des patients accusant un IMC entre 30 et 40 (soit de nombreux kilos en trop), mais pour lesquels la chirurgie bariatrique ne peut être envisagée ?

“C’est à eux que s’adresse aujourd’hui la sleeve endoscopique: elle est l’équivalent, non chirurgical, de la sleeve gastrectomie. En réduisant le volume et la capacité de la poche gastrique, on retarde la vidange de l’estomac et on induit des modifications hormonales qui se traduisent, entre autres, par une perte d’appétit”, répond le Pr Geoffroy Vanbiervliet, gastro-entérologue au CHU de Nice.

Spécialiste et référent national en endoscopie digestive et écho-endoscopie, c’est auprès d’un autre grand nom de cette spécialité, le Pr Marc Barthet, chef du service de gastro-entérologie de l’hôpital Nord à Marseille que le Pr Vanbiervliet s’est formé à cette technique mini-invasive: “Il s’agit de réaliser, par voie endoscopique, plusieurs sutures au niveau des parois de l’estomac de manière à en réduire la taille. La technique préserve l’estomac, elle est réversible – il “suffit” de couper les fils – et n’empêche pas une chirurgie secondaire: si le patient, en dépit de cette procédure, (re) prend du poids, une chirurgie bariatrique peut être envisagée.”

Trois mois plus tard, 15 % de poids en moins

Comme pour les autres techniques, des consultations préalables destinées à exclure d’éventuelles contre-indications, puis un accompagnement au niveau comportemental et un suivi nutritionnel sont indispensables.

Si l’on se base sur les résultats obtenus dans plusieurs études internationales, les résultats sont très positifs.

Trois mois après avoir traité deux premières patientes azuréennes âgées d’une quarantaine d’années par cette technique, le Pr Vanbiervliet, qui coordonne l’essai à Nice, confirme l’efficacité de l’approche: “Elles ont toutes deux déjà perdu 15 % de leur poids: elles pesaient environ 100 kg au moment de leur prise en charge, leur balance affiche désormais 85 kg.”

Dans les prochains jours, c’est trois autres patients qui devraient bénéficier d’une sleeve endoscopique au CHU de Nice. Concernant les effets indésirables, ils sont très rares.

“Il s’agit essentiellement d’hématome de la paroi gastrique. Plus fréquemment, dans environ 50 % des cas, les patients souffrent de nausées et de vomissements pendant les 24 heures qui suivent l’intervention ; mais ces troubles sont efficacement pris en charge, puisqu’ils apparaissent pendant la période d’hospitalisation, soit deux à trois jours.”

Une durée de séjour hospitalier qui devrait être considérablement réduite à terme pour cette sleeve par voie endoscopique réalisée sans ouverture cutanée. “La récupération des patients est très rapide et les complications sévères quasi inexistantes.”

“critères d’éligibilité stricts”

L’information sur cette procédure circule déjà beaucoup sur Internet, et le Pr Vanbiervliet se trouve contraint de répondre le plus souvent défavorablement aux demandes d’interventions qui lui parviennent. “Je refuse deux à trois demandes par semaine, en expliquant qu’il s’agit d’un essai clinique, financé par l’hôpital, dans lequel nous ne pouvons inclure qu’un nombre très limité de patients et qui doivent surtout répondre à des critères d’éligibilité stricts.”

Au vu des résultats, la France autorisera-t-elle cette technique et emboîtera-t-elle le pas des USA où cette pratique tend à prendre depuis deux à trois ans un véritable envol ? Ou craindra-t-elle, en chaussant des lunettes à courte vue, une envolée des dépenses ? Rappelons que quelque 60 000 interventions de chirurgie bariatrique sont dénombrées chaque année, concernant des patients obèses. Le surpoids étant beaucoup plus fréquent, ce chiffre pourrait être deux à trois fois plus important pour la sleeve endoscopique, si elle venait à être remboursée.

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