loader image

“Par pitié, n’achetez plus de tortues. Un jour vous les abandonnerez, c’est inéluctable.”

Le message est écrit en lettres majuscules sur le panneau à l’entrée du ponton où l’on peut observer – de loin – le nouveau bassin de Tortupôle France (1) à Carnoules.

Le Bayou des Ricaines a été, ce samedi, inauguré avec la mise à l’eau d’une cinquantaine de pensionnaires par des élus (2) et enfants. Comme son nom l’indique, il accueille des tortues dites de Floride. Près de deux cents sont déjà présentes au Village des tortues mais leur lieu de vie est arrivé à saturation.

D’autres – saisies ou abandonnées – sont amenées quotidiennement au parc par les collectivités, les gestionnaires de sites naturels et les particuliers. Il était donc impératif pour les responsables de créer une nouvelle installation. Leur objectif est double: retirer des espaces naturels ces espèces exotiques nocives pour l’écosystème et sensibiliser les visiteurs.

“Des problèmes croissants”

“Nous avons souhaité ardemment la création de ce bassin. C’est une solution efficace aux problèmes croissants du développement dans nos espaces naturels des tortues aquatiques en provenance du monde et particulièrement des USA. Ces animaux, vendus dans nos animaleries et importés depuis des années sous forme de pièces de 2 euros, atteignent des tailles très importantes. Ils posent plusieurs problèmes dans les cours d’eau français et particulièrement dans les zones aquatiques du Var”, soulignait le directeur Franck Bonin.

Pour l’équipe du Tortupôle, il n’est pas question de les éliminer. “Les euthanasier à coups de pelle, en les congelant, en leur tirant dessus au fusil, nous gêne profondément. Dans ce lieu nouveau, entre 1.000 et 1.500 tortues vont être installées. L’idéal serait un partenariat avec les communes impactées. Notre association Soptom maîtrise la collecte de ces animaux dans la nature. Elle peut réaliser ce travail pour un coût raisonnable.”

Le président lançait un appel: “Ensemble, mobilisons-nous, agissons avec conviction pour retirer ces espèces exotiques de nos écosystèmes déjà tellement fragilisés”.

1. Tortupôle France regroupe le Village des tortues, la Soptom (Station d’observation et de protection des Tortues et de leurs milieux), la clinique vétérinaire de la tortue, le musée de l’artortue et l’université des cheloniens.

2. Etaient notamment présents: le maire de Carnoules Christian David, la députée de la 6e circonscription Valérie Gomez-Bassac, le vice-président de la Région en charge du tourisme, François de Canson, les conseillers départementaux du canton Jean-Martin Guisiano et Marie-Laure Ponchon, maires et élus des communes voisines.

Des espèces invasives nocives pour l’écosystème

Les tortues d’eau exotiques “s’étoffent sans cesse dans le Var. On minimise l’aspect adaptatif et sanitaire de ces animaux quand ils sont abandonnés, après un achat peu réfléchi, en pleine nature”, ponctuait le directeur. Ils se nourrissent “d’insectes, mollusques, amphibiens, alevins, poissons à tous les stades et parfois de petits mammifères, issus de la biodiversité locale. Et concurrencent gravement la tortue Cistude de nos rivières”.

Leur taille peut-être aussi impressionnante. « Une adulte donne entre 4 et 10 œufs par an. Elles passent de 20 g à la naissance jusqu’à 4 kg pour certaines femelles. » Et jusqu’à 30 cm (16 cm pour la Cistude).

Vorace et rapide

Vorace et rapide, la tortue de Floride, terme générique, est considérée aujourd’hui « comme une des cent espèces exotiques possédant les plus fortes potentialités invasives », précisait le directeur adjoint. Elle regroupe plusieurs genres et espèces : essentiellement Trachemys mais aussi Pseudemys, Craptemys et Chrysemis. Elles évoluent dans les eaux douces, stagnantes, rivières, plans d’eau. Robustes, elles s’adaptent à tous les habitats aquatiques sous des latitudes de plus en plus hautes.

Une stricte réglementation

« Nous avons réussi dans les années quatre-vingt à les interdire à l’importation. Mais les gens en ont toujours et finissent par s’en débarrasser. Suite à un arrêté européen en 2014, on ne peut plus les détenir, se déplacer avec et les relâcher en milieu naturel. »

L’arrêté du 8 octobre 2018 « est aussi important. Il définit les conditions de détention de la faune sauvage captive. La tortue de Floride en fait partie. Aujourd’hui, on ne peut pas la vendre et pour la détenir il faut des autorisations administratives particulières voire des dérogations. »

New Report

Close

Log in with your credentials

or    

Forgot your details?

Create Account