Pour certains, la non-mixité des explorations reste importante. Yves Raibaud considère qu’”elle est nécessaire si on veut connaître la ville par les femmes, les invisibles“. 

Sa consoeur niçoise, Christine Voiron-Canicio, pense au contraire que “cette éducation doit se faire avec les hommes, parce que des regards différents peuvent finalement converger. C’est comme ça que les lignes bougent: il faut d’abord se rendre compte et ensuite comprendre, pour convaincre ceux qui ne voient pas le problème“.

Une solution pour la mise en œuvre: le budget genré

Reste qu’une fois ce regard pris en compte, il faut le mettre en œuvre. Comment? Chris Blache et Yves Raibaud, habitués à travailler ensemble, ont une réponse commune. “Il faut qu’il y ait une volonté politique“, lâche la première, tandis que le second assure que si tel est le cas, “en à peine dix ans, une ville peut être transformée“.

Il illustre: “Alors que les équipements sportifs des villes sont utilisés surtout par des hommes, on pourrait dire que les femmes n’ont qu’à s’en emparer à leur tour. Mais il y a quelque chose qui ne colle pas là-dedans parce que les femmes aussi payent des impôts.” Autrement dit, on bâti des structures que les femmes financent aussi, mais dont elles n’ont pas l’usage.

L’occupation de l’espace public par les femmes est un véritable enjeu: il faut que l’aménagement contribue à les faire venir. Jamila Ari, directrice de l’association Femmes dans la cité à La Seyne

Le géographe bordelais souligne ainsi qu’il faut se poser la question dans l’autre sens et se demander si tel ou tel projet urbain répond aux attentes de tous, y compris des femmes. Pour ça, il évoque les budgets genrés instaurés par les conseils municipaux de plus en plus de villes. “Ils permettent de veiller à ce que les équipements soient égalitaires.

Une valeur ajoutée aux équipements, lance en écho Catherine Le Lan. L’argent public, c’est fait pour que ça serve à tout le monde.”

Mais pourquoi dans nos villes des Alpes-Maritimes et du Var, aucune mesure de ce type n’a-t-elle encore été prise pour bâtir la ville de demain? Le think tank Genre et Ville, consulté par de nombreuses collectivités locales – villes, mais aussi département, métropoles, région… –, n’a par exemple jamais été contacté par nos institutions, confirme Chris Blache. Si elle n’avance pas d’explication à cet apparent manque d’intérêt pour cette vision, la socio-ethnologue constate que nous sommes “sur des territoires aux politiques plus conservatrices“, même si, ajoute-elle, “on ne travaille pas qu’avec des villes de gauche“.

Rompre avec cet urbanisme est exigeant, concède le philosophe Thierry Paquot, il réclame du “cas par cas”, du “sur-mesure”, du “réemploi”…” 

D’autant plus, souligne Christine Voiron-Canicio à Nice, que si les “les institutions sont importantes, car elles peuvent opter pour des approches alternatives“,  nos villes souffrent aussi, dit-elle, d’un excès de normes. “Il faut réintroduire de l’imagination là où l’aménagement repose sur la réglementation et non sur l’auto-organisation, où cet excès de réglementation nuit à l’adaptation.” Où la représentation prime sur l’usage. Où le masculin neutre efface tous les autres.

New Report

Close

Log in with your credentials

or    

Forgot your details?

Create Account