Mis à jour le 31/03/2021 à 21:33

Publié le 31/03/2021 à 21:36

Week-end de Pâques classé rouge en Italie, on est allé à Vintimille où le moral est à zéro


De l’autre côté de la frontière, le week-end sera classé rouge, avec restrictions maximales. À Vintimille, le moral est en berne. Les Français ont totalement disparu et l’économie se meurt

L’Italie se claquemure de nouveau. Un catenaccio sanitaire pour le week-end de Pâques qui sera classé en “zone rouge”, soit à haut risque de contagion. Des restrictions maximales sont à prévoir. D’autant que, mardi, le ministère italien de la Santé a annoncé qu’une quarantaine de cinq jours serait imposée aux voyageurs en provenance des pays membres de l’Union européenne. Au pied de l’imposant crucifix en bois du XVe siècle, et dans la lumière un brin mystique qui baigne l’église Sant’Agostino de Vintimille, le père Don Ferruccio Bortolotto se veut fataliste: “Pour nous, en Italie, cela signifie rester enfermés trois jours. Oui, c’est pénible, mais si c’est pour le bien commun…”

L’horreur de la crise

L’horreur de cette crise, Don Ferruccio Bortolotto la subit. “Dans les 15 derniers jours, j’ai célébré dix funérailles de malades du Covid. Avec des conséquences dramatiques, parfois, dans les familles.” Ainsi vont la vie, et la mort, à Vintimille. Moral en berne, les Italiens s’apprêtent à s’enfermer pour ce week-end pascal. “Inimmaginabile.”

Pour nos voisins italiens, Pâques est synonyme de rassemblements familiaux et de hordes de touristes. “Des Français, je ne sais pas ce que c’est”, se désole pourtant Maurizio, 33 ans, vendeur de primeurs sous les halles couvertes de Vintimille. Il a ouvert son étal en septembre. Avec l’espoir que la crise se calmerait. “Et je n’ai quasiment pas vu un Français depuis.” Maurizio a dû prendre un petit boulot le soir, en extra. Sa femme, qui travaille avec lui, donne de son côté des cours de piano. Deux boulots chacun. “On dort quatre heures par nuit.” Le trentenaire s’inquiète pour leur enfant de six ans. “Vous savez, s’il n’y a pas d’argent, la famille ne va pas bien. On rentre avec le stress à la maison. Et l’école est fermée, alors on doit aussi jouer le rôle de professeur.” Un peu plus haut, en remontant la Via Roma, Antonio Pannuccio est bien seul, bras croisés, devant son bar-pizzeria “Moderno”.

Le Facebook de son établissement regorge de photos de soirées festives, entre amis. Terrible contraste. Trois générations se sont succédé à la tête de l’établissement. Il redoute pourtant que le bar ne résiste pas à ce tempo pianissimo. “Nous avons peu d’aides de la part de l’État. Pas comme en France. Si l’été est à l’image de l’an dernier, nous pourrons nous maintenir. Dans le cas contraire, cela va être très compliqué.”

Vintimille la sinistrée

Dans une des innombrables boutiques d’alcool, nous croisons une Niçoise. Limitée à 10 kilomètres en France, elle ne coche aucune des raisons valables pour être là. Mais elle n’a, pas plus que nous, été contrôlée par les carabiniers. Leur présence est pourtant visible à la frontière. Elle est venue acheter de l’alcool chez “Coppo 1896”, la boutique de Gian Piero, située “Via della Repubblica”. Les Français représentent en temps normal 80% de sa clientèle. Il n’en voit plus que trois, quatre par jour. “Nous avons des stocks d’alcool sur les bras”, s’attriste Gian Piero. Les salariés de la boutique alternent périodes de chômage et de boulot. L’argent de l’État tombe quand il peut. “J’ai des amis qui ne vont pas tenir. Ils n’ont pas d’argent depuis décembre”, soupire Gian Piero. Vintimille la frontalière, Vintimille la sinistrée, se meurt de l’absence des Français. Ne reste que la prière. Et la vaccination.

Un protocole sanitaire pour Pâques

L’année dernière, le curé de l’église Sant’Agostino, siège du diocèse de Vintimille, n’avait pu célébrer les rites de la Semaine sainte. Pour ce Pâques 2021, la Conférence épiscopale italienne et le gouvernement italien ont arrêté un protocole strict. Port du masque, distanciation sociale, purification des espaces après les célébrations. Dans le cloître extérieur de Sant’Agostino, une centaine de chaises ont déjà été disposées. Elles permettront de suivre l’office. Une centaine de fidèles, pas plus, seront autorisés à l’intérieur.

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